lundi 10 août 2009

Sommes-nous cultivés ?

C'est du moins la question que posait Patrick Masbourian lors (de la probable reprise) de son émission Sommes-nous ? diffusée à Télé-Québec cette semaine. Parce qu'elle exige une réponse collective à une question d'ordre personnel ou individuel, cette émission pose un problème d'importance. Or, je doute qu'il existe au Québec une autorité légitime qui serait assez consensuelle pour résoudre le problème de la culture. Toutefois, je me demande s'il n'est pas nécessaire et absolu de se poser la question: sommes-nous, en tant qu'entité sociale et communautaire, cultivés ?

Ma maigre réponse ne vous intéresse pas, mais les problèmes que soulèvent la question sont intéressants.

D'abord, le problème que pose la définition même de culture: si la définition admise de la culture se rapporte à quelque chose comme "produit d'une société qui témoigne de sa distinction en tant que nation, notamment par les arts et le langage", il en existe une autre, à la base de tous les travaux des cultural studies: la culture, c'est l'ensemble des gestes posés par une société fédérateurs de son identité culturelle. C'est une définition complètement récusée par nos amis Français, pour qui la culture demeure la somme des connaissances fondamentales nécessaires au passage du bac (blague), mais qui trouve son écho en Scandinavie, là où la façon de faire la cuisine ou de faire du ski est une revendication culturelle. J'aurais tendance à croire que cette dernière définition colle mieux à l'état de la culture au Québec: malgré des institutions culturelles fortes et une offre diversifiée, le Québécois moyen revendique sa culture surtout à travers ses habitudes culinaires ou son attachement à l'espace québécois et à son folklore (sinon, pourquoi diable pulluleraient les festivals de la galette, de la babiche, ou de la gibelotte ?). Or, s'il nous est plus à propos de revendiquer nos habitudes culturelles comme culture propre, je pense que le raccourci est trop facile. Les Québécois ne sont pas nécessairement des gens cultivés, et le problème réside essentiellement que nous avons perdu notre modèle culturel.

Les différentes révolutions sociales des années soixante ont donné lieu à l'éclatement du socle de savoir fondamental qui était alors considéré comme la base de la culture. C'est arrivé à Paris et à Prague, mais c'est aussi arrivé au Québec: l'abolition du cours classique pour l'enseignement secondaire a donné lieu à une réforme totale de l'enseignement au Québec qui a résulté en l'abandon de l'enseignement de la culture classique. Or, là où je crois qu'on fait fausse route, c'est lorsque l'on considère que ce modèle n'a plus de valeur parce qu'il n'est plus enseigné. À mon avis, c'est le contraire: parce que nous ne produisons plus d'érudits "classiques", ce dernier savoir a une valeur considérable, pas parce qu'il est classique mais parce qu'il est utile pour comprendre là où se sont bâtis les références culturelles qui ont modelé notre culture, ou à l'encontre desquelles elle s'est appuyée.

Je pense que dans toute l'émission, c'est assurément le commentaire de François Parenteau qui m'a le plus fait sourcillé: ce dernier soutenait que quelqu'un qui cite à propos Jon Stewart ou SNL avait autant de culture que quelqu'un en mesure de citer Virgile. Que la culture était quelque chose d'actuel et qu'il fallait être de son temps. Je ne peux tellement pas être en accord ! J'estime que la culture de l'actuel est nécessaire, et peu m'importe que quelqu'un ne soit pas en mesure de citer ce très beau vers de Virgile qui ouvre l'Énéide et qui est pour moi l'essence de l'épopée ("Je chante les armes et je chante les hommes"), mais force m'est de constater qu'une culture limitée à celle du présent est une culture dont les frontières sont fermées, et entièrement ignorantes de leur passé. C'est pour moi un non-sens, et il m'est impossible de voir de la culture dans le manque de connaissance des bases et des fondements de la société.

Finalement, le sommes-nous cultivés ? Je pense que non. Pas trop. Mais est-ce que c'est irréversible ? Non ! Je cite très souvent cette phrase de Lucien Francoeur qui disait, lors de la grève étudiante de 2005, que nous sommes une petite nation et qu'il est facile pour nous d'éduquer tous nos enfants. Pourquoi diable est-ce qu'on baisse les bras devant la culture ?

vendredi 7 août 2009

Les fameux macaronis florentins à la bette à carde


Recette végétalienne à la base, ce qui surprend le plus des macaronis florentins, c'est la sauce onctueuse et savoureuse qui se comporte exactement comme une sauce à la crème: très crémeuse et coulante au sortir de la mijoteuse, elle devient rapidement compacte et texturée. L'idéal, donc, c'est de faire ces macaronis pour qu'ils soient le plus à point possible au moment du repas. Sinon, en lunch, c'est très bon, mais l'apparence est moins heureuse.

Une petite mise en garde: la sauce étant constituée d'une réduction de noix et de haricots, l'ensemble est tout à fait roboratif, et de petites portions sont suffisantes pour avoir l'impression de faire éclater nos boutons. Ne forcez pas la main sur les portions, vous n'en serez que plus heureux.

Ce dont vous aurez besoin:

- 250 grammes de macaroni (j'ai utilisé des macaronis de blé entier et je trouve que le goût est trop prononcé pour la sauce qui est, somme tout, délicate. Si vous répugnez à utiliser des macaronis blancs, utilisez peut-être des produits de type "Life Smart".), cuits al dente (pas plus de 7 minutes !) et réservés.
- 1 bonne botte de bette à carde, les feuilles et les tiges séparées. (Je recommande la bette à carde blanche, plus jolie pour la recette, mais si comme moi vous avez une botte de bette à carde rouge à passer, veiller à enlever le plus possible les durillons de la tige qui rendront votre sauce rose. Sinon, hacher les tiges et les faire fondre dans le beurre avec l'oignon et l'ail pour un maximum de saveur). Hacher grossièrement les feuilles et mélanger avec les macaronis cuits, pour qu'elles flétrissement tranquillement.

Sauce:
- 1/2 tasse de noix de cajou naturelles (ni rôties, ni salées), pulvérisées en poudre avec un moulin à café
- 1 1/2 tasse de haricots blancs cuits ou une boîte de haricots blanc du commerce
- 1 gros oignon jaune, haché
- 4 à 5 gousses d'ail, grossièrement hachées
- 1 cuillère à thé de moutarde sèche
- 1/2 cuillère à thé de piment de cayenne
- Ciboulette et persil, au goût
- Poivre du moulin
- Sel (il faudra en mettre un peu plus si vous utilisez des légumineuses maison, parce qu'elles ne sont pas salées du tout. De plus, la recette originale prévoyait du miso blond, ce qui est aussi salé).
- 1 tasse d'eau
- 3/4 de tasse de substitut de bouillon de poulet
- Beurre en quantité suffisante

Modus:

Cuire et réserver les macaronis al dente dans un cul de poule. Y ajouter les feuilles de bette à carde.

Faire fondre l'oignon, l'ail et, le cas échéant, les tiges de bette à carde dans un peu de beurre. Faire cuire à feu doux jusqu'à tendreté.

Au mélangeur, mixer la préparation de noix de cajou pulvérisées avec l'eau, jusqu'à consistance lisse. Ajouter les haricots, les épices et les fines herbes, l'oignon et l'ail et le bouillon de poulet, et mélanger à nouveau jusqu'à ce que le tout vous donne une sauce onctueuse.

Graisser le fond de votre mijoteuse avec un brin d'huile.

Verser la sauce sur le mélange de macaroni et de bette à carde et mélanger soigneusement. Goûter et rectifier l'assaisonnement au besoin.

Déposer le mélange dans le fond de la mijoteuse et faire cuire à LOW environ 3 heures, selon la force de votre mijoteuse. Si vous trouvez la sauce un peu trop consistante, n'hésitez pas à ajouter un peu de bouillon de poulet.

Dégustez !

*** Si cette recette est à la base végétalienne, moi, ne l'étant pas, j'en ai profité pour passer un restant de boule de mozarella que j'ai ajouté sur le dessus de la préparation et qui a gratiné. C'était vraiment bon, alor si vous en avez, n'hésitez pas ! ;)

jeudi 6 août 2009

Il est grand le mystère de Laval

Le fait de vivre à Montréal-Nord a entraîné de grands changements dans ma vie, notamment par rapport à mes déplacements extra-insulaires. Maintenant que Laval est tout près, chéri et moi allons souvent sur l'Île Jésus pour les choses heureuses de la vie, c'est-à-dire, se faire éclater la panse au Boston Pizza, magasiner des meubles dans un gigantesque Brault et Martineau, ou faire le tour des marchés moyen-orientaux.

Or, il y a une chose que je ne comprends pas avec Laval.

Pas le fait que les gens se donnent rendez-vous dans des restaurants dont l'adresse civique n'existe pas, non.

Pas le fait qu'il y ait plus de monde au Marché Adonis le dimanche matin qu'à la messe de minuit dans un village de campagne, non.

Non.

Ce qui me trouble vraiment beaucoup avec Laval, c'est le Colossus.

Maudit que c'est laid !!! Y'a personne un moment donné qui a dit à l'architecte de lâcher la drogue et de recommencer ses plans ? Personne ne s'est douté qu'un ostie de gros cinéma bleu pourdre avec un fake-ovni sur le toit, ce n'était pas ni du design, ni de l'urbanisme ?

Arg.

Je me suis étouffée de rire en allant au cinéma l'autre jour, mais maintenant, je suis plutôt triste pour les Lavalois. Comment est-ce qu'on peut vivre heureux dans une ville qui abrite cette horreur ?

mercredi 5 août 2009

Soupe de poisson aux parfums de Thaïlande


Cette recette plus que délicieuse a été grandement inspirée par la recette de l'attrape-beau-frère de Chipeuse. Évidemment, pour ce qui est de mon propre beau-frère, la véritable recette pour le soudoyer serait sans aucun doute celle d'un simple spaghetti sauce bolognaise, mais le caractère sans viande de ce blogue ne nous permettra pas d'en faire étalage. Cela étant, la soupe thaïlandaise a servi de récompense pour un Chéri fourbu qui a passé la journée ici à faire des lectures et des recherches, et à faire des tâches ménagères (en plus de quelques courses pour de nouvelles recettes végétariennes - ce pour quoi nous lui disons merci).

Quoi dire de plus sinon que la soupe de poisson aux parfums de Thaïlande est à se rouler par terre de bonheur et de joie ? Je n'ai pas été capable de finir mon assiette, mais je suis presque certaine que Chéri s'en est chargé en douce en faisant la vaisselle. Quel immense repas aux couleurs fabuleuses ! Quel plaisir explosif en bouche !

Mon seul regret, c'est de n'avoir pu troqué les crevettes de la recette de Chipeuse pour de grosses moules comme j'en avais l'ambition: je n'ai pu trouver une poissonnerie près de mon travail qui en vendait à l'unité (à ce temps-ci de l'année, m'a t-on dit) et j'étais bien trop fourbue moi-même pour les courir ailleurs rendue en ville. Désolant parce que j'imagine cette soupe Bangkok avec ses grosses coques flottant à la surface et je la trouve très belle dans ma tête, mais la recette avec les crevettes n'en était pas moins bonnes.

Ce qu'il vous faut, pour deux gros bols:

Bouillon

- 4 1/2 tasses d'eau
- 2 cubes de bouillon de poisson ou un sachet de fumet
- 1 quinzaine de brins de coriandre, les feuilles enlevées et mises de côté
- 1 morceau d'environ 1/2 pouce de racine de gingembre, pelé et râpé
- 1 cuillère à soupe de curcuma
- 1 cuillère à soupe de curry
- 1 cuillère à thé de grains de coriandre pillonés au mortier
- 1 pincée d'anis moulu
- 1 grosse cuillère à soupe de pâte de cari rouge maison ou du commerce
- 6 à 8 gouttes de tabasco vert

Soupe

- 1/2 poireau, coupé en juliennes
- 1/2 carotte de bonne taille, coupée en juliennes
- 1 poivron rouge, taillé en dés
- 1 petite patate douce, taillée en dés
- 150 grammes de Pho Bat (environ le 1/3 d'un paquet) ou autres vermicelles pour soupe asiatique
- 2 pattes de crabes, effilochées (quand on en a, on ne s'en prive pas ! sinon, prenez du goberge, comme le suggérait Chipeuse)
- 150 grammes de filet de flétan, coupé en gros morceaux (plus faciles à répartir et plus denses sous la dent)
- 6 à 8 grosses moules rincées, lavées et cuites ou 4 à 6 grosses crevettes
- 1 oeuf dur, tranché finement
- 3/4 de tasse de lait de coco (le moins sucré possible, le meilleur !)

Garniture

- 2 petits oignons verts, finement hachés
- Les feuilles réservées de la coriandre, finement hachées

Modus:

Mettre les Pho Bat à tremper environ une dizaine de minutes. Transférer dans un chaudron, porter à ébullition et faire cuire à feu vif trois minutes. Égoutter et réserver.

Bouillon: combiner tous les ingrédients et porter à ébullition. Baisser le feu, et laisser mijoter environ 15 minutes puis retirer les tiges de coriandre et les gros morceaux de gingembre.

Soupe: laisser le bouillon sur le feu et le porter à nouveau à feu vif. Ajouter les morceaux de patate douce et laisser mijoter jusqu'à ce qu'elles soient tendres. Ajouter le poireau, les carottes, le poivron, le flétan, le crabe et les crevettes et/ou les moules et cuire jusqu'à ce que le poisson se défasse facilement et que les crevettes soient roses. Ajouter le lait de coco, remuer et retirer du feu.

Répartir les Pho Bat dans de grands bols à soupe tonkinoise. À l'aide d'une louche, répartissez grossièrement le poisson et les fruits de mer en portion équitable, puis couvrir du bouillon et des légumes. Ajouter 1/2 oeuf tranché par bol. Couvrir d'oignons verts tranchés et parsemer de coriandre fraîche. Dégustez !

mardi 4 août 2009

Ambivalence

J'ai aimé marcher sous la pluie le long du viaduc de la 132, en regardant les éclairs fous déchirer le ciel.

Je n'ai pas aimé être transie de froid et d'humidité dans le bus qui me ramenait à Montréal-Nord.

J'ai aimé prendre conscience que ces déplacements bi-topographiques prendraient fin dans tout juste 15 jours.

Je n'ai pas aimé constater âprement que ces 15 journées s'égreneraient lentement et péniblement, une à la fois, ne me donnant pas la chance d'oublier de faire le décompte.

Y'a des jours comme ça.

samedi 1 août 2009

Du nouveau dans la mijoteuse: haricots noirs épicés et riz à la mangue


Encore une recette adaptée du livre Cuisine végétarienne à la mijoteuse de Robin Robertson. Cette fois, je vous épargne la longue genèse de la recette: Chéri s'était acheté une grosse caisse de mangues au marché Jean-Talon et il a oublié l'avoir fait quelques jours plus tard. Je me suis retrouvée avec quelques mangues sur les bras et j'ai décidé de les passer dans ce ragoût de haricots végétarien et délicieux.

Si le goût de la recette est fabuleux, vous constaterez que la présentation est moins plaisante. Je n'avais plus de poivrons rouges, j'ai donc mis du orange qui ne paraît presque plus dans l'assiette (heureusement que les jalapeno sont là !). Mes suggestions: utiliser du poivron rouge comme dans la recette originale, ajouter des oignons verts en fin de cuisson pour mettre un peu de couleur, et faire cuire le riz dans de l'eau mélangée à du curry, pour qu'il prenne une petite teinte plus explosive.

Sinon, rien à reprocher à ce délice. On l'a servi dans des tortillas au pesto avec un peu de salsa à la mangue et à la lime (un produit Le choix du président), avec des morceaux de laitue déchiquetée, ce qui a donné des accents mexicains à ce plat à l'origine antillais, et c'était vraiment bon. Je passe le teste en apportant les restes à mon ami semi-végétarien et à son coloc vegan. Si eux aiment ça, c'est dans le sac !

Ce qu'il vous faut:

- 4 gousses d'ail émincées
- 1 morceau de racine de gingembre d'environ 1 pouce, râpé
- 1 ou 2 piments jalapeno finement émincés, au goût
- 1 poivron rouge, taillé en dés
- 1 oignon jaune, émincé
- 1 cuillère à soupe d'huile d'olive
- 3 tasses de haricots noirs cuits à la mijoteuse, rincés et égouttés (ou deux boîtes de haricots noirs du commerce)
- 3/4 de tasse d'eau
- 1 cuillère à thé de cassonade blonde
- Sel, au goût (on a mis du Herbamare épicé ici).
- 1 cuillère à thé de cumin moulu
- 1 cuillère à thé de flocons de piment déshydraté
- 1 cuillère à thé d'origan

- 3 tasses de riz, cuit
- 3 à 4 mangues atolfo, taillées en dés (ou 2 grosses mangues ordinaires)

Modus:

Mettre l'huile d'olive dans le fond de la mijoteuse et faire chauffer à high. Ajouter les 5 premiers ingrédients, mettre le couvercle et attendre que les légumes ramollissent, environ trente minutes.

Ajouter les épices (cumin, piment, origan) et attendre encore 10 minutes que ces dernières embaument.

Ajouter les haricots, l'eau, la cassonade et le sel (au goût), remuer, remettre le couvercle, et faire cuire à LOW environ 6 heures.

15 minutes avant la fin de la cuisson, ajouter les dés de mangue et le riz cuit, remuer, refermer le couvercle pour que les saveurs se mélangent, et servez.

Simple et délicieux !

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