Chéri m'a acheté le DVD de Milk pour mon anniversaire. Je crois qu'il s'agissait d'un cadeau impulsif, puisqu'il l'a trouvé dans les bacs de DVD en rabais au dépanneur, mais j'étais néanmoins fort heureuse de le recevoir, parce que ce film m'avait fortement marquée et parce que je l'avais mis très haut dans la liste des films que j'ai vu au cinéma en 2008. Chéri et moi l'avons donc réécouté cette semaine, et je dois avouer que je suis encore très fascinée par le traitement biographique qu'a réservé Gus Van Sant à la vie de Harvey Milk.
La vérité, c'est que je suis tout à fait vendue à l'oeuvre de Gus Van Sant. Même que Chéri et moi, nous avons bien aimé Last Days, et je crois que nous sommes les seules personnes dans notre entourage à avoir apprécié ce film. Je ne fais à peu près aucune différence entre ses films très mainstream, comme Good Will Hunting ou Finding Forrester et ses films expérimentaux, comme Paranoid Park ou la trilogie composée de Gerry, d'Elephant et de Last Days. Dans chacun d'entre eux, je retrouve exactement ce qui me fait triper chez Gus Van Sant, c'est-à-dire une photographie exceptionnelle qui est toujours composée de scènes où des plans rapprochés successifs transcendent l'émotion avec pudeur. Pour moi, Gus Van Sant joue à « figurer à peine » ou « montrer un peu » et c'est ce qui fait que chacun de ses films est artistiquement intéressant.
L'autre vérité, c'est que je suis à peu près autant vendue à tout ce que fait Sean Penn. Pour moi, Sean Penn est tout aussi crédible en avocat verreux dans Carlito's Way (malgré ses cheveux... seigneur, quels cheveux !!) qu'en gangster juvénile dans Bad Boys, et je fais partie de ces gens qui pensent qu'il aurait amplement mérité son Oscar du Meilleur acteur pour sa performance dans I am Sam (je souligne au passage que tous ceux qui ont prétendu qu'il n'avait que copié Dustin Hoffman dans Rain man n'avait sûrement pas écouté Rain man depuis de longues années parce que Sam Dawson n'a vraiment strictement rien à voir avec Raymond Babitt). Le fait qu'il en ait eu deux autres depuis ne change rien à cela.
Tout ça pour dire que je peux avoir l'air bien loin d'être critique quand je parle de Milk, mais le film me donne de grands frissons. Je trouve qu'il a toutes les grandes qualités d'un biopic (disons que dans la production de l'année 2008, il surpasse W. dans son intégrité et Sagan dans... à peu près tout ce que peut divertir le public dans un film), et le fait qu'il fasse le récit d'une des grandes luttes pour les droits civiques me touche beaucoup. La signature de Gus Van Sant appliquée à la vie de Harvey Milk est tout à fait cohérente (disons que les scènes d'homosexualité sont beaucoup moins dérangeante dans Milk que dans Elephant, où elles ont l'air « rajoutées ») et les performances de Sean Penn et de Josh Brolin sont excellentes (particulièrement Josh Brolin, dont on ressent la rectitude et la «coincitude» avec beaucoup d'acuité), sans parler de celle de Emile Hirsch. Et dans toute sa force, et dans toute sa pudeur, je pense que ce film peut contribuer à faire tomber des tabous dans les endroits où ils subsistent toujours...
Bref, si vous l'avez manqué l'année dernière, courez le louer. Pour Gus Van Sant et pour Sean Penn. (L)