Affichage des articles dont le libellé est martineau. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est martineau. Afficher tous les articles

dimanche 27 juillet 2008

Je n'ai pas d'humour

C'est en tout cas ce que dit Richard Martineau.

Re: Encore les gros ?!?‏
De : Richard Martineau (rmartineau.journalmtl@gmail.com)
Envoyé : 27 juillet 2008 14:25:18
À : Kim Raymond (kimraymond66@hotmail.com)

Wow! Méchant sens de l'humour....


Parce que je lui ai écrit ceci:

Là, il va falloir s'expliquer. Normalement, je prends la peine de vous saluer avant de vous écrire, mais il me semble qu'aujourd'hui, vous ne méritez même pas cette marque de respect. J'ai pris l'habitude de vous lire parce qu'il me semble que vous avez parfois des billets sensés qui sont à même d'agiter l'opinion publique. Je me sens le droit d'être en accord ou désaccord, je réfléchis aux évènements d'actualité que vous mettez en lumière, je me sers parfois de vous comme matériel pour mon blogue... En clair, je vous respecte en général. J'assume votre rôle de brasseur de marde et quand vous dites de grosses niaiseries, je me dis que c'est juste pour secouer le lectorat. Ça fait partie de la job quoi.

Toutefois, je pense que là, on l'a compris que vous n'aimez pas les gros. Depuis novembre dernier, on connaît votre position sur le sujet, vous l'avez assez documentée pour qu'on sache que les gros représentent pour vous l'ultime déresponsabilisation par rapport à son existence, le comble de la paresse et du manque de volonté, le déni repoussé dans ses plus ironiques retranchement. Je ne sais pas pourquoi l'obésité vous obsède à ce point là, mais on en est conscients maintenant, ça va. Changez de disque ! À force de vous acharner sur eux, on pourrait croire qu'il y a quelque chose de plus pernicieux sous ce mépris. Je veux dire: vous ne traitez pas les fumeurs qui se déresponsabilisent de leurs problèmes de santé futurs et actuels avec la même intransigeance, il doit donc nécessairement y avoir quelque chose sous le gros (et c'est qu'il y a de la place pour dissimuler beaucoup, hihi) qui vous dérange particulièrement, mais quoi ? À taper toujours sur le même clou, on donne drôlement l'impression d'un inconfort qui dépasse le simple exercice d'agitation de la masse.

Donc, expliquez-moi ? Qu'est-ce qui ne tourne pas rond avec les gros qui vous mène à les persécuter comme vous le faites ? Vous trouvez que c'est pire pour la société de vivre avec des obèses qu'avec, disons, des fumeurs ou des gens qui mettent consciemment leur vie en danger par la pratique de sports extrêmes ? Aux gros, vous préférez la génération (dont je suis issue, quelle horreur) de jeunes disfonctionnels et dépendants affectifs qui se targuent tous d'être borderline parce que c'est la mode et qu'ils sont incapables de se lier ? Je veux dire: ce n'est pas comme si la pratique d'un mode de vie malsain et compulsif n'était que l'apanage des gros, non ? On a tous un petit quelque chose qui ne tourne pas rond, alors pourquoi s'acharner sur eux ? Parce qu'ils sont plus visibles ? Parce qu'ils sont esthétiquement désagréable à regarder et qu'on souhaite dépolluer le paysage visuel ? Parce que ça vous fait peur de vieillir et de vous mettre à enfler et à pendre, vous aussi ?

Soyons clairs: je ne le vous souhaite pas. Seulement, il me semble qu'une toute petite justification serait de mise avant de continuer votre combat. Histoire de mettre les pendules à l'heure et de ne pas prendre votre public pour des caves. Dites-nous le fond de l'histoire, et on va continuer de vous lire avec le respect mutuel qu'entraînent la franchise et l'honnêteté.

Pour en revenir au passage même de votre chronique qui m'a choquée, je pense que vous êtes totalement tombé sur la tête si vous imaginez que les gros ont une image positive en société. Je ne sais pas dans quel monde vous vivez pour trouver qu'on valorise une image de gros épicuriens et sensuels. Allons ! Ce n'est pas parce que Sonia Vachon a été élue parmi les dix plus belles femmes du Québec il y a quelques années (tout le monde sait que c'est un complot de Québécor pour satisfaire son public de madames complexées) ou parce que Christine Brouillet a animé une émission de sur les vins à Télé-Québec (qui écoute Télé-Québec de toute façon ? - je veux dire, à part pour les reprises de Francs-Tireurs, évidemment) que les gros sont devenus les parangons de l'esthétique et de la jouissance pour autant. Ils sont où, ces modèles dont vous nous parlez ? C'est qui, d'abord, les gros sur la scène québécoise ? Michel Charette ? C'est vrai que son rôle de demeuré vaguement attardé mental dans les cinq saisons de Radio-Enfer a contribué énormément à forger une image positive des gros... À moins que ce ne soit celui de fils à papa dans les Boys ? Qui d'autre ? Le barbu des Denis Drolet ? Christian Mistral ? Jean-François Mercier ? Ils sont où les gros positifs et fun dont vous parlez, cher Martineau ?

Vous êtes intelligent, vous avez de la culture, je sais que vous êtes conscients qu'il existe deux images tenaces des gros qui sont beaucoup plus fortes que ces pseudo-gros épicuriens dont vous nous parlez: le gros cave (il y en a un dans tous les films américains, impossible que vous ne le connaissiez pas) et le gros gras (du genre, le personnage campé par Antoine Bertrand dans Les Bougons, sans la sensibilité de Junior qui était nécessaire à l'évolution de son personnage...). Ce dernier mène vraiment la vie dure aux gros qui ont une certaine hygiène personnelle: le gros gras pue, a les cheveux crasseux, il est sur le BS et passe la journée à se rouler dans ses ordures en essayant de fourrer le système. Pas vrai ?

Cette image du gros cohabite bien avec d'autres du même genre, comme le gros tatoué (pas vrai que c'est dommage qu'on comédien talentueux comme Alain Boucher soit relégué à jouer des motards à cause de sa stature ?) ou le gros impulsif (nécessaire à toute trame narrative tournant autour du harcèlement ou de la violence conjugale...). Des images de gros positives ? Je me creuse la tête, je n'en trouve pas. À moins qu'on soit de mauvaise foi... Vous voulez sans doute parler de la petite famille de SOS Santé ?

Ça doit être ça.

Sincèrement, monsieur Martineau, il va falloir y aller de franchise ou changer de cible. Si vous propagiez la moitié des préjugés que vous avez envers les gros contre une communauté ethnique ou contre les femmes, on vous conduirait au pilori pour propagande haineuse, le MLF et la Ligue de la femme collés sur le dos.

Il serait peut-être temps de lâcher prise, si vous ne voulez pas subir les foudres du Collectif Contre l'Obésité Morbide.

Bien à vous,

Kim Raymond

PS: Parce que je ne suis pas de mauvaise foi, je peux vous assurer que je suis d'accord avec la portion de votre billet qui critique le fait que les hommes sont aussi soumis à des modèles masculins innatteignables et que ce fait soit totalement passé sous silence. C'est un effet pervers de la libération de la femme et c'est une lutte sociale que les hommes auront à mener. Évidemment, faire reconnaître socialement qu'eux aussi souffrent fera une grosse entaille dans la virilité collective, mais je pense que c'est nécessaire, sans toutefois sombrer dans le délire de persécution des masculinistes. Une de mes meilleures amies a perdu un frère qui s'est suicidé après son admission à l'hôpital pour traiter son anorexie. Ça existe, et Johanne Prégent n'est pas là pour faire un documentaire sur cette souffrance. C'est triste.

en réponse à cela.

Tu parles.

Je vais finir par me demander, comme Martin: "Pourquoi tu lis Martineau ?".

lundi 21 juillet 2008

À propos de la clique du Plateau...

Réactions à deux chroniques de Martineau, que vous pouvez trouver ici et ici.


Je pensais sincèrement que cette histoire de guerre de clochers entre Montréal et Québec était une sorte de farce inventée et alimentée par les médias pour se mettre de quoi sous la dent quand la journée manquait de piquant. Or, en fréquentant un forum de discussion populaire, je me suis rendue compte que cette chose, cet argument qui fait, au Québec, valeur de Godwin’s point, se brandissait fréquemment, et que les avatars québécois (dans le sens de membre et citoyen de la ville de Québec) en faisait souvent une obsession. On dénonce la clique du Plateau, les bien-pensants enquiquineurs et moralisateurs, les écolos à gogo et autres hipsters-yuppies qui font de leur marotte un cheval de bataille… Je me suis souvent demandé, comme vous, de qui parle t’on au juste ? De quoi parle t’on au juste ?

Je dois rêver, ou je n’habite pas sur la même île. Ici, c’est Côte-des-Neiges avec son multiculturalisme et sa misère, sa grosse maison du savoir qui traîne sur la montagne et domine les parages et la colline. C’est à 15 minutes des furies plateauzoïdes en autobus, et on n’en ressent pas l’influence, ni même la présence. Il y a un drôle de complexe d’infériorité à l’œuvre dans cette pseudo-rivalité entre Québec et Montréal : l’agressivité, l’arrogance, je la ressens d’un bord, mais pas de l’autre. Qu’est-ce qu’ils ont, les citadins de la vieille capitale, à se plaindre qu’on leur impose sans cesse une façon de penser et une forme de culture ? Est-ce qu’ils seraient à ce point incapables de penser par eux-même qu’ils subissent l’influence de la métropole sans être capable de la contrer, ou de faire la part des choses ? Est-ce qu’il y a vraiment, quelque part, un spectre qui leur tort le bras jusqu’à ce qu’ils adoptent les valeurs « montréalaises » ? Voyons dont ! C’est n’importe quoi !

Bien sûr, la vie culturelle montréalaise est riche. Bien sûr, il y a une forme de pensée « sociolibérale » qui se développe au cœur de la ville, et certains des plus flamboyants porte-étendards de ces idéologies - je pense peut-être à Amir Kadhir (que j’ai entendu pour la première fois, il est vrai, dans le sous-sol du Sanctuaire St-Sacrement), ou au Docteur Réjean Thomas - sont associés à l’image du Plateau, mais ils ne s’élèvent pas au rang de gourou pour autant. J’invite les citoyens de Québec à prendre en compte quelques faits qu’ils oublient dans leur argumentaire méprisant : Montréal est une cité multiculturelle et ses citoyens sont sans cesse confrontés aux réalités de l’immigration, en plus de coudoyer la minorité culturelle anglophone. Face à une omniprésence de faits culturels internationaux, la promotion de la culture québécoise devient avant tout une forme de communication et d’échange, et aussi une forme d’affirmation. Par ailleurs, flanquée de quatre universités et de dizaines de collèges, il n’est pas surprenant que Montréal se targue d’être à la fois contre-culture et modèle à suivre. Et pour chacun des étudiants qui graduent de l’Université de Montréal en sociologie ou en politique, il ne faudrait pas oublier qu’il y en a dix qui sortent du HEC. Et que l’existence du Plateau n’aura jamais réussi à étouffer le développement de Westmount ou Beaconsfield…


J’ai de plus en plus l’impression que le prêt-à-penser que la clique de Plateau est supposée imposer au citoyens de la ville de Québec n’existe même pas, sinon que dans leur fantasmes. De toute façon, ils gagneraient à revoir leur argumentaire : quiconque a mis les pieds sur le plateau dans les dernières années a bien vu que, malgré les bars tendances, les friperies, les cuisineries et les bouquineries, le plateau est devenu le quartier chouchou des petites familles en moyen. Dans les environs du métro Laurier, on croise beaucoup plus de bedaines rondes que de maître-à-penser…


PS: Chéri pense que je fais un jugement un peu hâtif en disant que les citoyens de Québec ne vivent que de l'amertume envers la métropole. Évidemment, je sais que le poids démographique de Montréal VS Québec entraînent une frustration légitime sur le fait qu'ils ont "moins" leur mot à dire dans les affaires de la province. Chéri pense que même si cette frustration est mal dirigée (pointer la clique de Plateau frôle tout de même l'absurdité) nous devons reconnaître que sur le plan culturel, déterminé par une certaine tyrannie de la masse, les citoyens de Québec ne se reconnaissent pas tous, ni tout le temps, dans les modèles adoptés par Montréal. Ce n'est pas faux non plus. Chéri est intelligent: je l'aime.

LinkWithin

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...