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jeudi 15 juillet 2010

Sur le cinéma et l'identité

Même si on pourrait le croire, je n'ai pas vraiment l'intention de réagir aux propos de Jacob Tierney sur l'absence des minorités culturelles dans le cinéma québécois. Je n'ai pas l'intention d'y réagir parce qu'à mon avis, des propos d'une telle simplicité ne mérite même pas qu'on s'y attarde tant on voit qu'ils ont été formulés sous le coup de l'émotion, sans prendre le temps de méditer son argumentaire. Je ne vois pas l'intérêt de réagir aux propos de Jacob Tierney quand je peux trouver, sans me forcer, au moins dix façons d'illustrer qu'il a tort.

La société québécoise est excessivement tournée sur elle-même ? Évidemment, sinon, comment survivre à l'assimilation en situation de double-diglossie à l'échelle continentale ? Les anglophones et les immigrants sont ignorés dans les arts et la culture québécoise ? Si on considère la culture au sens strict de production artistique, évidemment, dans une société majoritairement blanche et francophone, plus d'artistes blancs et francophones produisent des discours dans lesquels ils se projettent, ce qui donnent une plus grande présence aux réalités blanches et francophones. Est-ce que ça empêche les Kim Nguyen, Danny Laferrière et Wajdi Mouawad d'être présents sur la scène culturelle, et acclamés par le public ? Pas que je sache. Les jeunes haïtiens ne se sentent pas représentés par Luc Picard ? Évidemment, mais peut-être qu'ils ne se sentiraient guère plus en filiation avec Didier Lucien ou Rodney St-Éloi. On ne produit pas de films comme Un prophète au Québec ? Non, nos prisons ne sont pas remplies d'Arabes et de Corses qui s'y affrontent violemment. Par contre, on produit de très bons films comme Un ange de goudron, sur la réalité d'immigrants algériens tentant de s'adapter à la société québécoise.

Je n'oserais pas le dire, mais pourquoi pas l'écrire: à mon avis, Jacob Tierney manque probablement juste de culture. D'abord parce que la culture d'une société, ce n'est pas que sa production artistique, et que le Québec a montré aussi .dans sa façon de vivre, de manger, de se vêtir et de faire du sport, que les Québécois sont inclusifs. Peut-être pas autant qu'ils le devraient, mais certainement assez pour que je considère comme honteux d'entendre Jacob Tierney parler de l'invisibilité des minorités. Et aussi, parce que sa connaissance du cinéma québécois ne semble limitée qu'à celui qui présente l'histoire et la vie de la majorité, parce qu'il ne faut pas chercher bien loin pour trouver des exemples du contraire, ne serait-ce que dans la très riche et très diversifiée production documentaire québécoise.

Pour toutes ces raisons, je ne vois pas l'intérêt de réagir aux propos de Jacob Tierney sur la fermeture d'esprit de la société québécoise. Non. Ce qui me choque, ce sont des propos comme ceux de ce professeur de pensée politique (c'est quoi, seigneur, enseigner la pensée politique ? montrer à de jeunes personnes comment penser comme soi-même ?) qui prétend que Jacob Tierney énonce simplement une réalité (prémisse fausse, comme je l'ai démontré plus haut), et qui accuse Hugo Latulippe de donner dans la démagogie quand il dit que les immigrants qui ne comprennent pas en quoi Luc Picard représente la société québécoise sont: «coincé[s] dans une manière de voir la société qui tient du racisme ou du manque d'ouverture. Il y a aussi une responsabilité de l'immigrant, qui consiste à épouser le monde dans lequel il arrive.»

Est-ce que quelqu'un, s'il vous plaît, peut m'expliquer la démagogie là-dedans ? Qu'est-ce qu'il y a de mal dans le fait de constater que la société québécoise est aussi (et surtout) une société blanche et francophone et qu'il est normal que la majorité des réalités qui sont représentées au sein de la société soient blanches et francophones ? Revendiquer sa place, je suis pour. Exiger d'être représentés, d'avoir aussi des modèles culturels et poltiques, je suis pour. Oublier le fait que les francophones représentent 82% de la population du Québec au profit du multiculturalisme à tout prix ? Je suis contre. Je veux que les immigrants voient en Luc Picard ce qu'il est: un homme intelligent, cultivé, articulé, souverainiste et engagé, et je suis fière qu'il me représente à leurs yeux. Je trouverais ça normal qu'ils ne se sentent pas parfaitement représenté en la personne de Luc Picard, mais je voudrais au mois qu'ils y voient une partie de ce que peut-être leur société d'accueil, tout comme je voix une partie des cultures migrantes quand je rencontre l'un de leur représentant. Pour moi, Lucian Bute, c'est un peu la Roumanie, tout comme mon ami Cosmin et ma collègue Anca. Haïti, pour moi, c'est surtout les mots de Lionel Trouillot qui m'ont bouleversée dans Bicentenaire, mais c'est aussi Daphnée. C'est ainsi que je perçois le Québec: tissu social composite, paysage culturel diversifié.

J'ai vu récemment un très bon film japonais (Ten Ten ou Adrift in Tokyo) que j'ai adoré, et je n'y ai vu que des Japonais. J'ai aussi loué un film suédois, Tilsammans (Together) qui parlait des difficultés d'adaptation d'une banlieusarde divorcée dans la commune hippie de son frère. Je n'y ai vu que des Suédois. Je n'ai pas l'impression que le tissu social de ces deux nations est complètement uniforme. Je n'ai pas le sentiment que leurs communautés culturelles sont lésées par ces films qui les représentent pourtant à l'étranger. Je suppose tout simplement que, comme au Québec, la représentation des diverses communautés doit être relativement proportionnelle à leur présence dans la société. Je ne me sens pas non plus représentée par les films de Blaxploitation américains, mais je ne considère pas que ces films représentent une forme d'exclusion. Je trouve au contraire qu'ils représentent une façon ironique et décapante de démonter le racisme déductible des films Hollywoodiens.

Pourquoi diable est-ce qu'au Québec, et seulement au Québec, on se sent obligés de cacher ce qu'on est pour faire plaisir à des intellectuels avec des raisonnements douteux ? Que tout le monde ici prenne le crachoir et se sente libre de dire ce qu'il est, c'est tout !

dimanche 6 septembre 2009

Un mot sur le Moulin à paroles

Moi, au contraire de l'édifiante Marie-Josée Croze, je n'ai pas de problèmes particuliers avec le nationalisme québécois. Je suis en mesure de faire la distinction entre le nationalisme et le fascisme, et je ne me réclame pas de l'identité acadienne juste pour ne pas avoir à me dire québécoise (ingénieuse trouvaille pour une fille née à Longueuil). Donc, quand un groupe de personnes se rassemble un soir de septembre pour lire un ensemble de textes reflétant l'histoire du Québec, je suis assez à l'aise avec l'idée pour ne pas trop m'énerver avec ça. Seulement, on dirait que dans la dernière année au Québec, c'est devenu impossible d'aborder le sujet tabou du nationalisme sans que, de part et d'autres, les insultes fusent avec toujours autant de justesse (désolée messieurs, mais les "fédéralistes" ne sont pas plus des blokes colonisés que les nationalistes sont des terroristes virulents). Ainsi dérapent les belles initiatives, et le cirque médiatique en fait ses choux gras.

J'ai beaucoup de difficulté avec les critiques formulées à l'endroit du Moulin à paroles parce qu'elles dénoncent des éléments isolés et en font un cheval de bataille, alors qu'il m'apparaît évident que l'essence même de l'évènement est globalisante et cherche à créer une somme oratoire avec des textes reflétants l'histoire et les fondements du Québec. J'ai aussi de la difficulté à comprendre qu'on dénonce la lecture du Manifeste du FLQ, par exemple, alors qu'il est évident que ce texte n'est pas lu parce que les organisateurs sont foncièrement en accord avec le propos (on s'entend que le Manifeste du FLQ est un gros ramassis de conneries marxisantes qui ne sont plus trop trop d'actualité) mais parce qu'il est le reflet d'une grosse part de tarte dans l'histoire du Québec. Enfin, j'ose croire que même Sam Hamad a compris que la lecture de manifeste n'a rien de partisan, surtout aux côtés du Journal du Général Wolfe (lu par son dernier descendant direct), de La flore laurentienne du Frère Marie-Victorin et de l'Encyclopédie de la cuisine de Jehanne Benoît ! Il me semble que l'assortiment de textes est assez hétéroclite pour qu'il parle de lui-même: "Le Moulin c’est 140 textes dont une centaine sont des textes poétiques ou prosaïques dont 6 textes amérindiens, 10 récits, 1 texte de botanique, deux recettes de cuisine, 3 textes historiques, 3 manifestes, 13 romans, 4 pièces de théâtre, 16 poèmes, 14 chansons, 8 lettres, 8 discours, 5 édits". Et c'est la présence de ce seul manifeste parmi tous ces textes qui est problématique ? Un peu de circonspection les censeurs !

Je crois que finalement, c'est peut-être Pierre Falardeau qui avait le plus raison en parlant du Moulin à paroles: "C'est ce qui arrive quand on veut être grands et rassembleurs, finalement, on étire tellement la patente que ça finit par s'effouarer tout seul". Les organisateurs du Moulin à parole ont voulu l'évènement rassembleur, patriotique mais non-partisan. Ils finissent par essuyer des critiques de toutes parts pour les mêmes raisons. Ces critiques mêmes prouvent la pertinence de la lecture de certains des textes plus "nationalistes": dur de nier que les tensions politiques et linguistiques ont façonné la nation québécoise quand c'est encore ce qui nous déchire aujourd'hui... Et nous sommes maintenant tellement enfoncés dans la rectitude politique qu'il n'y a plus moyen de produire un seul discours en-dehors du discours dominant sans essuyer une salve de critiques idéologiques.

C'est pourtant dans le Manifeste du FLQ qu'on disait vouloir faire du Québec "une société libre, fonctionnant d'elle-même et pour elle-même, une société ouverte sur le monde". Il faut croire que même ça, on a réussi à l'oublier. Et on préfère tenir "dans le misère et le mépris le peuple en réveil...".

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