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lundi 21 juillet 2008

À propos de la clique du Plateau...

Réactions à deux chroniques de Martineau, que vous pouvez trouver ici et ici.


Je pensais sincèrement que cette histoire de guerre de clochers entre Montréal et Québec était une sorte de farce inventée et alimentée par les médias pour se mettre de quoi sous la dent quand la journée manquait de piquant. Or, en fréquentant un forum de discussion populaire, je me suis rendue compte que cette chose, cet argument qui fait, au Québec, valeur de Godwin’s point, se brandissait fréquemment, et que les avatars québécois (dans le sens de membre et citoyen de la ville de Québec) en faisait souvent une obsession. On dénonce la clique du Plateau, les bien-pensants enquiquineurs et moralisateurs, les écolos à gogo et autres hipsters-yuppies qui font de leur marotte un cheval de bataille… Je me suis souvent demandé, comme vous, de qui parle t’on au juste ? De quoi parle t’on au juste ?

Je dois rêver, ou je n’habite pas sur la même île. Ici, c’est Côte-des-Neiges avec son multiculturalisme et sa misère, sa grosse maison du savoir qui traîne sur la montagne et domine les parages et la colline. C’est à 15 minutes des furies plateauzoïdes en autobus, et on n’en ressent pas l’influence, ni même la présence. Il y a un drôle de complexe d’infériorité à l’œuvre dans cette pseudo-rivalité entre Québec et Montréal : l’agressivité, l’arrogance, je la ressens d’un bord, mais pas de l’autre. Qu’est-ce qu’ils ont, les citadins de la vieille capitale, à se plaindre qu’on leur impose sans cesse une façon de penser et une forme de culture ? Est-ce qu’ils seraient à ce point incapables de penser par eux-même qu’ils subissent l’influence de la métropole sans être capable de la contrer, ou de faire la part des choses ? Est-ce qu’il y a vraiment, quelque part, un spectre qui leur tort le bras jusqu’à ce qu’ils adoptent les valeurs « montréalaises » ? Voyons dont ! C’est n’importe quoi !

Bien sûr, la vie culturelle montréalaise est riche. Bien sûr, il y a une forme de pensée « sociolibérale » qui se développe au cœur de la ville, et certains des plus flamboyants porte-étendards de ces idéologies - je pense peut-être à Amir Kadhir (que j’ai entendu pour la première fois, il est vrai, dans le sous-sol du Sanctuaire St-Sacrement), ou au Docteur Réjean Thomas - sont associés à l’image du Plateau, mais ils ne s’élèvent pas au rang de gourou pour autant. J’invite les citoyens de Québec à prendre en compte quelques faits qu’ils oublient dans leur argumentaire méprisant : Montréal est une cité multiculturelle et ses citoyens sont sans cesse confrontés aux réalités de l’immigration, en plus de coudoyer la minorité culturelle anglophone. Face à une omniprésence de faits culturels internationaux, la promotion de la culture québécoise devient avant tout une forme de communication et d’échange, et aussi une forme d’affirmation. Par ailleurs, flanquée de quatre universités et de dizaines de collèges, il n’est pas surprenant que Montréal se targue d’être à la fois contre-culture et modèle à suivre. Et pour chacun des étudiants qui graduent de l’Université de Montréal en sociologie ou en politique, il ne faudrait pas oublier qu’il y en a dix qui sortent du HEC. Et que l’existence du Plateau n’aura jamais réussi à étouffer le développement de Westmount ou Beaconsfield…


J’ai de plus en plus l’impression que le prêt-à-penser que la clique de Plateau est supposée imposer au citoyens de la ville de Québec n’existe même pas, sinon que dans leur fantasmes. De toute façon, ils gagneraient à revoir leur argumentaire : quiconque a mis les pieds sur le plateau dans les dernières années a bien vu que, malgré les bars tendances, les friperies, les cuisineries et les bouquineries, le plateau est devenu le quartier chouchou des petites familles en moyen. Dans les environs du métro Laurier, on croise beaucoup plus de bedaines rondes que de maître-à-penser…


PS: Chéri pense que je fais un jugement un peu hâtif en disant que les citoyens de Québec ne vivent que de l'amertume envers la métropole. Évidemment, je sais que le poids démographique de Montréal VS Québec entraînent une frustration légitime sur le fait qu'ils ont "moins" leur mot à dire dans les affaires de la province. Chéri pense que même si cette frustration est mal dirigée (pointer la clique de Plateau frôle tout de même l'absurdité) nous devons reconnaître que sur le plan culturel, déterminé par une certaine tyrannie de la masse, les citoyens de Québec ne se reconnaissent pas tous, ni tout le temps, dans les modèles adoptés par Montréal. Ce n'est pas faux non plus. Chéri est intelligent: je l'aime.

jeudi 6 décembre 2007

La parole aux coïncidences

C'est anodin, mais je viens de remarquer que l'artiste dont je vous ai entretenu plutôt aujourd'hui est la même à avoir conçu la Nef pour quatorze reines, ce monument qui me chavire le coeur et les trippes chaque fois que j'y pose les yeux.


Et justement, nous sommes aujourd'hui le 6 décembre et il est vraiment l'heure de se rappeler...

L'art prend le métro

Je me suis adonnée hier à la spectature ébahie d’une installation d’art spontanée qui circule dans le métro. Hier, je ne devais pas prendre le métro et pourtant j’étais là, à me débattre avec la première impression d’angoisse qui m’est venue à l’esprit en me livrant aux détails qui clochent : la voiture bleue sombre (bleu le faux-fini genre boiserie qui orne les murs, bleues les fenêtres, bleus les sièges) qui, sous la terre, avait quelque chose de véritablement oppressant. J’ai pris quelques minutes avant de réaliser que je n’étais non pas dans une immense publicité intrusive mais bien dans une mise en abîme de la vie urbaine. Ce n’est pas les motifs d’édifices, de rues et de lampadaires aux fenêtres qui m’ont mis la puce à l’oreille : c’est le wagon qui, éclatant de rire, s’est mis à penser en plusieurs langues.

Je dois avouer que l’expérience, qui relève du pur hasard, est déroutante : l’aménagement de la voiture en soi a quelque chose de particulier (en ce sens qu’elle baigne les voyageurs dans une sorte d’inquiétante étrangeté) mais c’est la bande sonore accompagnant l’ensemble qui transforme le déplacement quotidien en démonstration artistique : bruits, éclats de rire, carillons, grincements, cris; aux premiers abords dérangeants, accompagnés de paroles qui emplissent la voiture pour aller subvertir la pensée de voyageur, se substituer à celle-ci. Le mélange des langues et des sonorités provoque l’inconfort mais traduit la réalité urbaine. C’est réussi.

Seulement voilà : l’oreille tendue et l’œil brillant, je n’ai vu que des mines renfrognées et des gens désintéressés. Même servie sur un plateau d’argent, l’art ne stimule pas la population gazée par la routine. C’est d’une désolation totale.

Je suis rentrée à la maison pour googler avec empressement le seul slogan révélant l’existence de cette installation artistique de l’extérieur: L’art prend le métro. Le site Internet de la STM a répondu à mes questions : « Montréal, le 24 septembre 2007 – M. Claude Trudel, président du conseil d’administration de la Société de transport de Montréal (STM), a procédé aujourd’hui au dévoilement d’une œuvre d’art inédite dans une voiture de métro de type MR-73 réaménagée. Cette œuvre a été conçue et réalisée par Madame Rose-Marie E. Goulet, artiste en arts visuels, en collaboration avec Madame Chantal Dumas, artiste sonore. ». L’œuvre, dans le communiqué, est décrite comme une « perspective englobante » donnant lieu à une « interprétation nouvelle de la vie ». Allons.

Composée essentiellement d’images associées à l’univers pictural urbain, l’œuvre, Point de fuite, travesti la réalité ordinaire par l’ajout de vinyle et de pellicules sur le revêtement habituel du métro, en plus de gloser une atmosphère très froide au moyen d’un éclairage rosé. Une nouvelle vision de la vie, sans doute pas, mais très certainement une nouvelle vision du métro. « Point de fuite est un voyage onirique, un voyage dans un monde connu auquel on a fait subir de légères modifications artistiques », indique Mme Rose-Marie E. Goulet.

Dommage que les spectateurs qui se sont trouvés à être dans le métro en même temps que moi se soient révélés blasés. Le Point de fuite, n’est-ce pas le début de la perspective ?

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