samedi 12 mars 2011

Betteraves rôties en vinaigrette, salade de roquette, croûtons de chèvre et noix de Grenoble caramélisées


D'accord, malgré son nom très complexe, cette petite entrée de betteraves n'a rien d'innovateur. J'oserais même dire qu'il s'agit, avec les pommes de terre et le fromage en crottes, d'une des combinaisons vieilles comme le monde à la base de toute gastronomie. Bon, j'exagère un brin, mais honnêtement, qui n'a jamais mangé de betteraves au chèvre, einh ? Moi qui ne suis pas une grande amatrice de betteraves, j'ai rencontré cette combinaison pour la première fois dans la cuisine de ma tante Nathalie, et j'ai immédiatement eu le coup de foudre. C'est en repensant à sa petite salade de betterave au chèvre et en m'inspirant d'une recette similaire de Laurent Tourondel que j'en suis venue à créer cette version, mon interprétation à moi de cette indémodable combinaison.

La recette est assez longue, mais pas du tout complexe. Elle vaut le détour alors ouvrez vous une petite bouteille de rouge et prenez le temps que ça prend pour en arriver à bout.

Et portez un tablier ! Le jus de betteraves, ça tache ! :)



Ce qu'il vous faut (pour 2 personnes, multipliez au besoin):

- 2 grosses betteraves rondes, nettoyées et équeutées
- Huile d'olive, sel et poivre

- 3 cuillères à soupe d'huile d'olive
- 1 cuillère à soupe de vinaigre de vin rouge
- 1 gousse d'ail, hachée
- 1 petite poignée de persil, finement émincée

- 1/4 de tasse de cerneaux de noix de Grenoble
- 1/6 de tasse de sucre (environ)
- 1 cuillère à soupe + 1 cuillère à thé d'eau

- 1 poignée de bébé roquette
- 1/2 échalote grise, finement émincée
- 1 cuillère à soupe d'huile de Noix
- 1 cuillère à soupe de vinaigre balsamique
- Sel et poivre

- 2 tranches de pain au froment ou au sésame
- Fromage de chèvre
- Huile d'olive



Modus:
  • Préchauffer le four à 400 degrés.
  • Badigeonner les betteraves d'huile d'olive et les frotter avec du sel et du poivre. Envelopper chaque betterave de papier d'aluminium et cuire jusqu'à ce qu'elles soient tendres (qu'on puisse les percer facilement avec la pointe d'un couteau).
  • Pendant que les betteraves cuisent, préparer les noix de Grenoble caramélisées: dissoudre le sucre dans l'eau et chauffer à feu moyen-vif jusqu'à ce que le cristaux soient dissous. Porter ensuite à ébullition et cuire jusqu'à ce que le sirop devienne brun doré. Retirer immédiatement du feu (dès que le caramel prend une teinte plus brun que doré, le caramel sera un peu trop rance) et incorporer les noix. Déposer sur une plaque à biscuit huilée et laisser refroidir.
  • Préparer la marinade pour les betteraves en fouettant ensemble l'huile d'olive, le vinaigre de vin rouge, l'ail et le persil. Saler et poivrer au goût. Réserver.
  • Préparer la vinaigrette pour la salade en fouettant l'huile de noix et le vinaigre balsamique. Saler et poivrer au goût. Réserver.
  • Lorsque les betteraves sont prêtes, les laisser refroidir jusqu'à ce qu'elles soient facilement manipulables et pelez-les à l'aide d'un économe. Couper les bettes en tranches épaisses et régulières (au goût) et incorporez-les soigneusement dans la marinade à base d'huile d'olive. Laisser mariner.
  • Pendant ce temps, tartiner les tranches de pain d'une épaisse couche de fromage de chèvre. Saler et poivrer et arroser d'huile d'olive. Enfourner à broil et cuire jusqu'à ce que le pain soit croustillant et que le fromage soit moelleux.
  • Préparer la salade en mélangeant la roquette, les échalotes, la vinaigrette à base d'huile de noix et la moitié des noix caramélisées. Saler et poivrer au goût.
  • Dans une assiette, déposer les tranches de betteraves et les arroser de leur marinade. Dresser la salade sur les bettes et déposer les croûtons chauds sur la salade. Garnir les assiettes du restant de noix caramélisés.

La Cabane: racines et terroir sur les quais du Vieux-Port


Cette semaine, j'ai été conviée au lancement de l'édition 2011 de La Cabane, cette entreprise de recréation gastronomique qui investissait mercredi le Scena du Quai Jacques-Cartier pour une deuxième année consécutive. Cette année, le projet a un petit quelque chose de glamour qui lui confère un aura d'évènement à ne pas manquer: les chefs invités, Marc-André Jetté et Patrice Demers des 400 coups, ou bien le décor, créé par des artistes d'ici, ou bien l'idée même de réinventer la cabane à sucre traditionnelle, tout est mis en œuvre pour nous conforter et nous dépayser tout à la fois. Et ça marche. On sort de La Cabane urbaine avec le ventre aussi rond qu'un bûcheron ventripotent, et satisfaits, ce qui n'est pas peu dire.


L'invitation, au départ, m'avait vraiment enthousiasmée: il avait été prévu, à la suite de la critique qu'en avait fait Marie-Claude Lortie dans La Presse l'année dernière, que Chéri et moi visitions cette Cabane qui était, pour sa première édition, aux mains de Danny St-Pierre. Puis, mon beau-père est décédé et Chéri et moi avions dû annuler notre réservation, circonstances obligent. Je me disais que l'occasion serait parfaite pour me rattraper, et j'ai réservé ma place avec empressement. Puis, certaines personnes ont fait circuler l'information qu'il fallait, au moment de réserver, payer en entier la facture - service inclus - ce qui a nettement refroidi mon enthousiasme. Ce n'est pas que c'est une pratique qui me dérange particulièrement, mais le fait qu'on ne mentionne pas cette information sur le site web me semble un peu décontenançant. Je prêche toujours pour un maximum de transparence dans mes relations d'affaires et je pense qu'à La Cabane, on aurait dû faire pareil. Finalement, je suis partie me remplir le ventre en me disant que les cuisiniers auraient fort à faire pour me redonner la chaleur et l'enthousiasme du départ.


Au final, je dirais qu'ils ont absolument réussi. Pour tout ce qui concerne l'ambiance, le décor, l'accueil, le service et la nourriture, La Cabane est splendide. On est accueillis à l'arrivée par un feu de bois extérieur qui crépite et par des bancs en bois qui laissent déjà croire qu'on aura besoin de repos après le repas. À l'intérieur, tout a été pensé pour nous rappeler tout à la fois les cabanes à sucre traditionnelles (le fameux panache d'orignal; les chaises artisanales en bois recouvertes de fourrures, le mobilier d'aspect hétéroclite) et la branchitude urbaine (l'espace à aire ouverte, le bar très slick en inox, les superbes jeux de lumières rappelant des branchages). On a même décoré les serveurs pour l'occasion: leur tablier rayé est agrémenté de poches et de courroies de cuir travaillées à l'ancienne. C'est superbe.


Le service commençant à 18h30, j'ai eu le temps de faire le tour de l'espace (qui change au gré des projets qui y sont tenus) et d'admirer les différentes œuvres en exposition, un cocktail alliant bière, thé glacé et sirop d'érable à la main. Ensuite, j'ai rejoint quelques collègues blogueurs et nous nous sommes installés pour papoter et pour examiner la carte des vins (honorable, il y a même des produits québécois en vedette, ce qui est assez rare dans ce genre d'évènements) en attendant la tablée. Vous me connaissez: j'aime vraiment, vraiment beaucoup les bouchées, et cette mise en bouche pour commencer est probablement le service qui m'a le plus plu. Sur des planchettes de bois à partager, on nous sert des oeufs mimosas (onctueux comme une mousseline, légèrement relevés) parsemés de sucre d'érable - le goût du sucré est ici vraiment délicat, des bouchées de terrine de wapiti surmontées de croquantes betteraves marinées à l'érable et une plus-que-délicieuse (à se rouler par terre de plaisir et d'enchantement) mousse de foie de volaille finement recouverte de gelée d'érable, qu'on a finie à la cuillère pour se consoler du fait qu'on a manqué de croûtons. Honnêtement, je ne me rappelle pas avoir mangé une aussi bonne mousse depuis celle que j'avais mangée sur le Mont St-Michel, et celle du Mont St-Michel n'avait pas comme qualité d'être surmontée d'une gelée d'érable délicate et fine comme de l'or. Bref. J'ai aimé ça. Vraiment beaucoup.


Le service qui a suivi, pour se réchauffer, m'a enthousiasmée un peu moins, même si tout le monde ma table semblait plutôt ravi. La soupe de courge fumée était délicieuse, chaleureuse et réconfortante, et le saumon mi-cuit tendre comme je l'aime: c'est le mélange entre les deux que je trouvais moins réussi. Toutefois - et c'est peut-être là mon erreur, j'avais omis de mélanger tous les éléments du plat dans ma première bouchée, et j'avoue qu'une fois qu'on ajoute le croustillant-sucré des oignons cipollini marinés à l'érable à l'ensemble, c'est mauditement bon. Et ça a effectivement cet effet de nous réchauffer et de nous mettre dans de bonnes dispositions avant de passer à la suite de l'histoire.


Pour nous régaler, on nous a servi un plat surprenant par sa générosité: dans des cassolettes en fonte, on nous servait des tranches de poitrine de dinde cuites sous-vide (d'une tendreté incomparable) accompagnées d'un ragoût de haricots coco (ok, soyons honnêtes, il s'agit de fèves au lard - et elles sont très bonnes à part ça), de carottes et d'un ragoût de cuisse de dinde effilochée qui me rappelait le très bon et très délicieux ragoût de pattes de cochon de ma grand-maman. Pour équilibrer les textures, on ajoute un peu de coriandre et de très croustillantes oreilles de crisse, dont j'ai abusé à loisir, puisque mon compagnon de table n'en mangeait pas (quelle drôle d'idée ! je pense que je vais à la cabane à sucre exclusivement pour les oreilles de crisse d'habitude).


Moi qui étais pleine depuis (à peu près) le deuxième service, et qui n'a pas particulièrement le bec sucré, je me suis dit que je passerais peut-être mon tour sur le service des desserts, mais c'était avant que le service commence et que je puisse admirer ce qui se distribuait ailleurs dans la salle. Finalement, les planchettes sont arrivées, et j'ai pris une grande respiration pour être sûre de manger tout ce qu'il y avait sur la table: financiers à l'érable (on dirait un petit muffin, mais la croûte est croustillante, dorée et savoureuse comme celle d'un pudding chômeur de grand-maman, et l'intérieur est moelleux et très délicatement sucré, parfait pour les timides bibittes à sucre comme moi), sandwiches de crème glacée à l'érable (petit sablé et crème glacée au sucre d'érable, miam) et, une réinterprétation du classique de Patrice Demers, petits pots de crème au chocolat, mousse à l'érable et sel de Maldon. Ce dernier opus était particulièrement décadent: sur un étage de riche ganache au chocolat, on dépose du crumble chocolaté (croquant et savoureux) et on arrose le tout d'un espuma à l'érable. La première bouchée est paradisiaque, puis on roule les yeux, on recommence et c'est toujours aussi bon. Merveilleux.


Pour finir en beauté (et c'est le cas de le dire), les chefs sortent de la cuisine et s'amènent avec un drôle d'attirail sur la souche qui trône au milieu de la salle. Armé d'un siphon et d'une bonbonne d'azote liquide, ils façonnent des petits baisers de meringue à la tire d'érable qu'ils font ensuite refroidir, ce qui les rend croustillants comme des chips. Quand on les mange, ils explosent (et nos bouches produisent de la fumée), puis les meringues fondent en nous laissant la saveur inimitable de la tire d'érable en bouche, sans la lourdeur du sirop bouilli. Une trouvaille incroyable qui exprime, à elle seule, tout le concept derrière la modernisation de la cuisine de la cabane.


Au sortir, les hommes du Point G nous attendait pour nous faire goûter leur tire au cidre de glace, délicate et fruitée. Si je n'avais pas travaillé le lendemain, je pense que je serais restée devant le feu pour reprendre mon souffle avant de rentrer. La Cabane, c'est finalement une grande réussite et un beau plaisir à s'offrir.

Points positifs: la bouffe est bonne, la décoration soignée (c'est une expérience culturelle juste à regarder !) et les chefs ont été vraiment inventifs.

Points négatifs: la place est grande mais accueille beaucoup de monde ! Les tablées sont donc assez petites, il faut être intime. De plus, La Cabane devrait indiquer sur son site web qu'on demande de payer à la réservation.

On y va: pour se régaler des desserts de Patrice Demers et pour se gaver de la cuisine réconfortante et chaleureuse de Marc-André Jetté.

On y retourne: l'année prochaine, pour voir la prochaine mouture !

La Cabane
Le Scena du Quai Jacques-Cartier, Vieux-Port de Montréal
514-444-4383
55 $ par personne (15$ pour les enfants) - sur réservation seulement.


jeudi 10 mars 2011

Salade d'orzo à la feta et au chorizo


J'ai servi cette recette le soir du Mardi Gras, mais elle n'a finalement été mangée que le lendemain. C'est ce qui arrive quand on a les yeux plus grands que la panse et qu'on profite de la dernière journée avant le carême pour servir à Chéri des fromages triple-crème et des dattes farcies au foie gras et aux noix. Et qu'on se dit que tant qu'à y être, aussi bien accompagner tout ça d'un bon mousseux et de pain au levain. Dans le temps de le dire, on roule en-dessous de la table et on n'a plus assez faim pour manger ce qui devait être le repas principal.

Dans un sens, c'est dommage parce que cette salade est VRAIMENT fabuleuse en plus d'être toute simple. Dans un autre sens, c'était vraiment heureux parce que ça m'a fait un lunch vraiment décadent (il faut m'avoir vu supplier mon plat de se remplir à nouveau après l'avoir fini pour comprendre à quel point c'était bon). J'ai vécu une sorte de deuil lorsqu'hier, je suis rentrée du boulot enthousiasmée à l'idée de m'en servir un autre bol et que Chéri m'a avisé que c'était fini. Cette salade n'existait plus.

La recette de base vient du Cuisinier Rebelle mais je l'ai mise à ma main, avec ce que j'avais dans le frigo et en me fiant sur mes goûts et mes préférences. Je vous invite à faire de même!



Ce qu'il vous faut:

- 350 grammes d'orzo, cuit al dente, égoutté, légèrement huilé et tiédi
- 1 chorizo, taillé en demi-rondelles
- 2/3 de tasse de feta, coupé en dés
- 1/2 oignon rouge, émincé
- 1 chopine de tomates cerise, coupées en deux
- 2 ou 3 oignons verts, émincés
- 1/2 tasse de cerneaux de noix de Grenoble
- 1 grosse poignée de persil plat, finement émincé
- 1 citron (le zeste; le jus d'une moitié)
- Huile d'olive
- Poivre du moulin
- Fleur de sel


Modus:
  • Déposer l'oignon dans un bol d'eau froide et laisser tremper au moins 30 minutes.
  • Pendant ce temps, faire chauffer une poêle sèche à feu moyen et griller les noix de Grenoble jusqu'à ce qu'elles commencent à dorer et qu'elles embaument. Parsemer de sel et de paprika fumé au goût. Retirer de la poêle et réserver.
  • Dans la poêle encore chaude, déposer les demi-rondelles de chorizo et griller jusqu'à ce qu'elles rendent leur gras et qu'elles soient croustillantes. Égoutter sur du papier absorbant et réserver.
  • Égoutter l'oignon et le déposer dans un grand saladier. Ajouter les tomates cerise, les oignons verts et le feta, puis saler et poivrer au goût.
  • Incorporer l'orzo, le chorizo et les noix et touiller délicatement.
  • Zester le citron au-dessus de la salade et mouiller avec le jus. Incorporer le persil et continuer de mélanger.
  • Dresser avec un peu d'huile d'olive (la quantité nécessaire dépendra de la quantité d'huile utilisée pour huiler l'orzo après sa cuisson).
  • Rectifier l'assaisonnement au besoin et servir tiède, avec des quartiers de citron pour décorer.

mardi 8 mars 2011

Parle-t-on trop de cuisine ?

C'est un thème qui est devenu récurrent récemment, probablement parce qu'il était temps que la question se pose. À la suite de la parution de cet article du Atlantic Magazine, Marie-Claude Lortie a écrit cette chronique où elle abordait la question de front, avant de participer cette semaine à une table ronde chez Christiane Charette, aux côtés de Marie-Soleil Michon et Jean-Pierre Lemasson. Et parce nous, forumeux, sommes des gens très à l'avant-garde, nous nous étions interrogés collectivement sur le sujet, dès le mois d'octobre (je vous laisse deviner qui je suis parmi les intervenants, ça ne devrait pas être difficile !). Manifestement, personne n'a encore fait le tour de la question, et je la pose à nouveau pour vous: parle-t-on trop de cuisine ? Accordons-nous, collectivement, trop d'importance à la gastronomie ? Corrélativement, est-ce que ça existe, le snobisme culinaire ?

Émotivement, je répondrais non aux deux premières questions et oui à la dernière, même si dans les faits, je pense que ce sont de fausses questions. La façon de poser le problème semble omettre la complexité du domaine culinaire et la diversité de ses applications, et il est par conséquent impossible de répondre seulement oui ou seulement non. Je ne sais pas si vous vous souvenez de ça, mais il y a près d'un an et demi, je vous posais une autre question, à savoir si nous sommes, en tant que collectivité, cultivés. Et j'énonçais ce qui est pour moi la définition même de la culture, c'est-à-dire l'ensemble des gestes posés par une société qui sont fédérateurs de son identité culturelle. Selon cette définition, et selon bien d'autres, parler de cuisine, c'est aussi diffuser sa culture, et c'est, selon moi, une façon de rester vivants. Pour paraphraser Simone de Beauvoir qui disait que parler de l'Amérique, c'est parler de tout un éventail d'Américains, pour moi, parler de cuisine, c'est parler de tout un éventail de gens et de cultures différents, et c'est dans cet échange culturel que réside l'intérêt de la diffusion gastronomique.

Cela ne signifie pas qu'il n'y a pas d'excès (d'où ma réponse affirmative à l'existence d'un certain snobisme culinaire), et il n'est pas impossible qu'il y ait une certaine dérape quelque part, mais je ne le constate pas ici, dans mon univers. Il y a bien sûr des gens qui ne sauront jamais où s'arrêter et qui, dans leur quête de perfection culinaire, en finiront par oublier le plaisir physique et affectif d'un bon repas partagé, mais ces gens sont pour moi des névrosés monomaniaques, pas des intervenants crédibles dans le domaine de la gastronomie. Il y a aussi, évidemment, tout un tas de produits culturels qui portent sur la cuisine dont nous n'avons pas besoin (rappelez-vous ma montée de lait lors de l'annonce d'une émission portant sur les travaux du Docteur Béliveau, je ne savais pas encore que ça allait être mauvais et je la détestais déjà), parce que personne n'a besoin d'un canal spécialisé où on parle de bouffe vingt-quatre heures sur vingt-quatre, mais personne n'a besoin d'un canal spécialisé diffusant des matchs de hockey vingt-quatre heures sur vingt-quatre et RDS existe quand même. C'est que l'offre répond à une certaine demande, où, à tout le moins, à la recherche incessante du créneau qui marche - et avec la cuisine, on en a certes trouvé un bon.

Est-ce que ça veut dire qu'on parle trop de cuisine ? Je ne pense pas. Pas, en tout cas, pour les raisons invoquées dans l'article du Atlantic Magazine. Pour moi, taxer de snobisme et d'élitisme les gourmets en tout genre, sous prétexte qu'il fut un temps (révolu, disons-le) où on jugeait un homme par l'opulence et la richesse de sa table, c'est porter un jugement qui relève de l'étroitesse d'esprit. Il y a DES snobs, mais les foodies ne sont pas snobs pour autant. Que le snobisme découlerait de la gourmandise me semble un syllogisme fallacieux. Maintenant, il y a assurément des foodies qui sont très snobs, mais il y en a aussi qui sont très cons, et on ne s'interroge pas sur l'existence d'une certaine connerie culinaire. Ce doit être parce que des cons, comme des snobs, il y en a partout, et ce n'est pas une raison de stigmatiser le reste des gens qui s'adonnent aux mêmes pratiques qu'eux. J'admets assez aisément qu'une personne qui ne s'intéresse pas à la gastronomie puisse considérer certaines pratiques gourmandes comme excessives (si on m'avait dit, il y a quelques années, que je fabriquerais mon propre yogourt ou mon tofu, j'aurais sûrement pensé que la personne devant était complètement tarée parce que je ne voyais pas l'intérêt de fabriquer ces choses quand on peut les acheter), mais je ne les autorise pas pour autant à considérer snob ce qui échappe à leur compréhension.

Tout comme je n'autorise pas B.R. Myers à traiter les foodies d'incultes invétérés qui ne s'intéressent à Proust que pour les madeleines (on voit bien que Myers a une connaissance approfondie de Proust lui-même, n'est-ce pas ?). C'est une argumentation circulaire, mais si certains foodies sont incultes sur tous les sujets qui ne s'approchent guère de la sphère culinaire, d'autres sont de véritables passionnés, égides d'un savoir encyclopédique qu'ils communiquent au rythme de leurs découvertes, qu'elles soient culinaires, littéraires, œnologiques, cinématographiques ou culturelles. S'agit de bien choisir ses amis. Je lui refuse aussi le droit de considérer comme une authentique forme de snobisme la tendance qu'ont les gourmets de remettre en question l'élevage industriel et le fast-food; ce n'est pas parce qu'on est foodie qu'on souffre d'une ablation du muscle du jugement, et si certains foodies remettent en question ces pratiques qui les dérangent pour des questions éthiques, la seule chose à pointer du doigt c'est leur conscience sociale, pas leur prétendu snobisme.

Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas remettre en question certaines pratiques dans le monde gastronomique. Oui, il est possible que considérer favorablement une dépense de près de deux cents dollars sur un repas au restaurant et prêcher notre non-snobisme équivaut un peu à parler des deux côtés de la bouche; c'est parce qu'il y a effectivement une portion du monde de la cuisine qui n'est pas accessible à tous. À mon avis, ce n'est pas nécessairement celui qui mérite le plus de diffusion, mais là n'est pas la question. Il est aussi possible que dans une prétendue plus grande ouverture d'esprit, le foodie se soit finalement enfermé dans un certain rigorisme moral qui les éloigne un peu du plaisir qu'il recherchait au départ. Je connais des blogueurs flexitariens qui auraient honte de partager leur recette de macaroni à la viande du dimanche, et c'est très triste. (Au passage, la mienne est disponible ici.) Il est aussi possible que la portion de la sphère gastronomique qui consiste en une recherche constante d'un plaisir sensuel et gustatif ait un petit quelque chose de superficiel et vain. Reste qu'on ne s'attaque ici qu'à des aspects spécifiques du foodie-isme qui, examinés ainsi, ne valent pas une réponse affirmative à la question qui sert d'introduction à ce billet.

Pour moi, la cuisine, c'est quelque chose d'excessivement globalisant. C'est d'abord pragmatique: c'est manger trois fois par jours, combler des besoins nutritionnels, avoir faim, n'avoir plus faim, avoir envie de quelque chose. C'est aussi physique: c'est toucher de la nourriture, la préparer avec plus ou moins de plaisir, selon l'heure de la journée et les circonstances, la mettre en forme, la préparer, la mettre dans ma bouche et y accorder plus ou moins d'intérêt, selon l'heure de la journée et les circonstances. C'est aussi affectif: c'est préparer quelque chose que Chéri aime et le regarder dévorer avec plaisir, c'est recevoir famille et amis dans notre petite cuisine surchauffée et leur servir des plats plus ou moins compliqués, selon l'heure de la journée et les circonstances, c'est obtenir un certain plaisir face à une réalisation, c'est obtenir une certaine sensation face à une exécution quelconque. C'est donc aussi quelque chose de concret qui me sort de ma vie intellectuelle et qui comble une autre dimension de ma vie. C'est aussi, malgré tout, intellectuel: c'est réfléchir aux implications de mes choix alimentaires, c'est concevoir ma démarche culinaire comme quelque chose de raisonné, c'est accorder beaucoup de mes pensées à la nourriture, aussi frivole cela peut-il être. C'est éthique aussi: c'est croire que mes choix en tant que consommatrice ont une influence, qu'acheter et manger, c'est politique, que le travail que je fais ici pour vous faire découvrir le flexitarisme, c'est une façon de contribuer à la préservation de l'environnement. Finalement, c'est divertissant: c'est un passe-temps, un vide-cerveau, un plaisir jouissif. C'est le temps que je passe à lire des livres de recettes signés par des cuisiniers avec un parcours hallucinant, que je raconte ensuite à Chéri avec tout l'émerveillement qui se doit. Bref, parler de cuisine, c'est bien des choses mais évidemment ce n'est pas du tout toute ma vie (dans les faits, je rêve bien plus souvent à Simone de Beauvoir qu'à mon souper du lendemain). C'est là que se trouve l'équilibre.

Si on revient à la question de départ, donc, je pense que non, on ne parle pas trop de cuisine. Je pense même qu'on n'en parle pas assez, puisqu'il y a des gens qui sont encore convaincus que manger de la malbouffe est moins dispendieux que de se faire à manger, puisque d'autres gens ne sont pas encore conscients que leurs choix alimentaires ont une portée presque directe sur leur environnement et sur l'économie de leur communauté, et encore parce que des gens sont inconscients des mécanismes déployés par leur corps et par leur environnement pour leur faire répondre à leur sensation de faim. On n'en parle pas assez parce qu'il y a encore plein de gens malheureux dans la vie qui pourraient peut-être trouver du réconfort dans le fait de faire quelque chose de leur deux mains qui réunirait des gens autour d'un plaisir partagé. On n'en parle pas assez non plus parce que des enfants ne mangent pas à leur faim alors que leurs parents ne savent pas que des initiatives comme Bonne boîte bonne bouffe existe. On n'en parle pas assez tout simplement parce que nous ne sommes pas encore rassasiés de toutes ces informations que nous avons sur le sujet et il n'y a, à mon avis, aucun sujet qui ne vaille pas la peine qu'on s'y intéresse.

Quand on sera rassasiés, et qu'on en aura assez parlé, les choses s'équilibreront d'elle-même. En attendant, cuisiner, je fais ça trois fois par jour et je vais continuer d'en parler aussi longtemps que j'éprouverai du plaisir à le faire.

jeudi 3 mars 2011

Polenta à la caponata


J'ai fait cette petite recette hier soir, pour recevoir un ami de Chéri qui n'était jamais venu à la maison. J'étais un peu anxieuse parce que ce n'est pas tout le monde qui apprécie de manger végé-végé, mais je ne pouvais pas non plus déroger de mon menu de la semaine parce que les légumes qui devaient servir à confectionner la caponata avaient vraiment besoin d'être utilisés. Finalement, tout le monde a apprécié et je suis vraiment contente d'en avoir de reste pour les prochains jours. C'est la première recette que j'emprunte au Cuisinier Rebelle et j'en suis plutôt ravie. Ce que j'ai aimé, c'est qu'une fois qu'on a coupé les légumes en dés et qu'on les a assaisonnés, on n'a presque plus rien à faire. Excellent pour les gens qui veulent un bon petit plat mitonné mais qui n'ont pas trop envie de mettre la main à la pâte !

Malgré le caractère un peu louche de la polenta toute faite, elle est devenue délicieuse une fois frite. Pour plus de goût, vous pouvez faire votre polenta maison et la faire prendre en rouleau avant de la faire frire, ce sera sans doute encore meilleur !

Ce qu'il vous faut:

- 1 aubergine, coupée en dés
- 2 courgettes, coupées en dés
- 1 poivron rouge, coupé en dés
- 1 oignon rouge, coupé en dés
- 2 tomates italiennes, épépinées et coupées en dés
- 1/4 de tasse d'huile d'olive
- 1/4 de tasse de vinaigre balsamique
- 1 grosse cuillère à soupe de sambal olek
- Sel et poivre du moulin

- 1 petit oignon, émincé
- 3 gousses d'ail, écrasées
- 1/3 de tasse de vin rouge
- 1 boîte de tomates San Marzano
- 1 cuillère à thé (comble) de sucre
- 1 bonne pincée d'origan séché
- 1 bonne pincée de basilic séché
- 1 bonne pincée de piment piquillo séché (n'importe quelle sorte de flocons de piment ferait l'affaire)
- 2 cuillères à soupe de pâte de tomates

- 1 rouleau de polenta ferme, maison ou du commerce
- 1 oeuf, battu
- 1 tasse de parmesan, finement râpé
- Huile pour friture



Modus:
  • Préchauffer le four à 375 degrés.
  • Mélanger tous les légumes de la caponata et arroser de l'huile d'olive et du vinaigre. Saler et poivrer au goût, puis remuer pour bien mélanger.
  • Étendre le mélange sur une plaque recouverte de papier parchemin et enfourner. Cuire entre 50 et 60 minutes en remuant à l'occasion, jusqu'à ce que les légumes soient caramélisés. Attendre au moins 20 minutes avant de remuer pour la première fois, pour que les légumes aient une belle coloration.
  • Pendant ce temps, préparer la sauce arrabiata. Faire chauffer un peu d'huile d'olive dans une sauteuse et y faire dorer l'oignon. Ajouter l'ail lorsque l'oignon est translucide et cuire jusqu'à ce qu'elle embaume.
  • Déglacer avec le vin rouge et laisser réduire de moitié. Ajouter la boîte de tomates et les écraser avec le dos d'une cuillère ou avec un pilon à pommes de terre.
  • Ajouter le sucre, l'origan, le basilic et le piment, puis saler et poivrer au goût. La sauce doit être légèrement épicée.
  • Laisser mijoter à feu doux durant 45 à 60 minutes. Réserver.
  • Lorsque la caponata et la sauce sont prêtes, trancher le rouleau en tranches d'environ un centimètre.
  • Tremper chaque tranche dans l'oeuf battu avant de l'enrober de parmesan.
  • Faire chauffer l'huile dans un wok (environ 2 cm d'huile) et faire frire les tranches de polenta jusqu'à ce qu'elles soient dorées de chaque côté (au moins quatre à cinq minutes par côté). Égoutter sur du papier absorbant.
  • Disposer trois tranches par personne et arroser de sauce arrabiata. Garnir d'une bonne portion de caponata et parsemer de parmesan au goût.

mardi 1 mars 2011

Nouilles Singapour épicées


La première fois que j'ai mangé des nouilles Singapour, j'étais chez un ami qui portait quatre noms différents mais que nous surnommions Zurd pour des raisons de commodité (quelqu'un se rappelle pourquoi d'ailleurs ?). Après une soirée passablement arrosée et embrumée, nous nous étions jetés sur un reste de nouilles Singapour qui traînait au frigo, que nous avions copieusement arrosé de sel de mer, et que nous avions englouti avec plaisir. J'avais à l'époque seize ans, et j'ai eu une véritable révélation. Les nouilles Singapour, c'est drôlement bon ! Après, pendant, disons, les quatre ou cinq années qui ont suivi, chaque fois que je me commandais du chinois, je commandais ces nouilles jaunes et odorantes et je les engloutissais avec un plaisir chaque fois renouvelé.

Mon amour pour les nouilles Singapour s'est amoindri au fur et à mesure que j'ai développé des passions obsessionnelles pour d'autres types de nourriture (la soupe pho, par exemple), mais je ne dédaigne jamais un plat de ces nouilles - qui portent curieusement le nom de Singapour puisqu'elles ne sont pas du tout connues sur cette île.

Au tout début de ce blogue, j'avais présenté une version végétarienne des nouilles Singapour dont j'avais été, si je me fis à mes commentaires, plus ou moins déçue. Celles d'aujourd'hui ne sont pas végé puisque j'y ai ajouté des crevettes, mais vous pouvez les omettre pour une version sans viande. Les laitues chinoises étant en spécial à l'épicerie cette semaine, j'en ai profité pour ajouter un paquet de légumes, ce qui était délicieux. Parce que j'ai utilisé des vermicelles de riz brun, mes nouilles n'ont pas la couleur jaune caractéristique des nouilles Singapour, et elle n'ont pas le petit fini poudré qu'on leur connaît en bouche, mais elles sont MERVEILLEUSES ! J'ai vécu une sorte d'épiphanie culinaire en dînant, alors je vous encourage fortement à les essayer.



Ce qu'il vous faut:

- 1 paquet de 250 grammes de vermicelles de riz brun (ou blanches, mais elles sont moins nutritives)
- 3 cuillères à soupe de sauce soja claire
- 2 cuillères à thé (combles) de poudre de cari
- 1 cuillère à thé (comble) de curcuma
- 1 pincée de flocons de piment (au goût)

- 1 livre de crevettes de grosseur 18-22, équeutées
- 1 cuillère à soupe d'huile de sésame
- 1 cuillère à thé de sambal olek

- 4 grosses feuilles de chou nappa émincées, les tiges et les feuilles séparées
- 4 grosses feuilles de bok choy, les tiges et les feuilles séparées
- 1 poivron rouge, finement émincé en lanières
- 1 petit oignon jaune, finement émincé en demi-rondelles
- 3 tasses de fèves germées
- 3 oignons verts émincés, le blanc et le vert séparé
- 3 gousses d'ail, hachées
- 1 morceau de racine de gingembre d'environ 1 pouce, émincé

- 4 oeufs, battus
- 1 cuillère à thé de sambal olek
- 1 pincée de sel

Modus:
  • Déposer les vermicelles dans un saladier et les arroser d'eau bouillante. Remuer jusqu'à ce qu'elles soient ramollies. Égoutter et réserver.
  • Dans un grand wok, verser l'huile de sésame et cuire les crevettes à feu vif, jusqu'à ce qu'elles soient grillées. Incorporer le sambal et remuer pour les enrober. Réserver.
  • Rincer le wok et y verser un peu d'huile d'arachides. Chauffer à feu vif et y cuire l'ail et le gingembre jusqu'à ce qu'ils embaument.
  • Ajouter les oignons, le poivron, les tiges de bok choy et de chou nappa et le blanc des oignons verts. Cuire environ trois minutes, jusqu'à ce que les légumes soient chauds mais croustillants.
  • Incorporer les vermicelles et les fèves germées puis assaisonner avec la sauce soja, le cari et le curcuma. Remuer à l'aide de baguette pour bien mélanger les légumes, les vermicelles et la sauce.
  • Mélanger les oeufs battus, le sambal olek et le sel.
  • À l'aide d'une cuillère de bois, repousser les nouilles sur un côté du wok et verser les oeufs dans l'espace ainsi obtenu. Cuire en remuant durant une minute, puis intégrer au mélange de nouilles.
  • Remettre les crevettes dans le wok et touiller. Ajouter un peu de flocons de piment thaï au goût.
  • Servir immédiatement, avec des quartiers de lime.

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